vendredi 1 décembre 2017

335. "El Mundial" (1978)

En 1966, l'Argentine est désignée par la FIFA comme pays organisateur de la 11ème coupe du monde de football qui doit se dérouler du 1er au 25 juin 1978. Ce choix a tout d'une aubaine pour cette jeune nation dans laquelle le foot constitue un vecteur d'unité nationale. Or, le 24 mars 1976, une junte militaire renverse le gouvernement d'Isabel Peron. Le général en chef des armées, Rafael Jorge Videla, s'empare alors du pouvoir et instaure une dictature. Après le Paraguay en 1954, le Brésil en 1964, la Bolivie en 1971, le Chili et l'Uruguay deux ans plus tard, c'est au tour de l'Argentine de subir un régime de terreur qui se donne pour objectif premier "de défendre la civilisation occidentale et chrétienne contre la subversion communiste et ses guérilleros". Pour parvenir à leurs fins, les militaires ne reculent devant aucun moyen: élimination des opposants, enlèvements, séquestrations, tortures, vols d'enfants..Au printemps 1978, Amnesty international comptabilise déjà 6000 personnes exécutées, 8000 prisonniers, 15000 disparus (le bilan total de 7 années de dictature atteindra finalement les 30 000 disparus). (1)

Buenos Aires 1978. [Wikimedia C]
 * Le Mundial, une opportunité pour la junte militaire argentine. 
L'opinion internationale, déjà sensibilisée au problème des violations des droits de l'Homme dans le sous-continent, dénonce les exactions des militaires. (2) Pourtant, à l'annonce du coup d'état, la FIFA ne bronche pas. Pire, elle paraît rassurée. Pour une institution aussi conservatrice (alors dirigée par le brésilien João Havelange), avoir comme interlocuteur un pouvoir fort signifie une compétition sans accrocs (manifestations, critiques...). Dans ces conditions, la junte considère l'organisation du Mundial - dont elle hérite - comme un atout formidable pour restaurer son image et légitimer le régime sur un plan international. Sur le plan intérieur, la dictature entend utiliser à son profit la ferveur suscitée par le football pour créer un consensus national autour du gouvernement dont les politiques économique et sociale font alors l'objet de contestations grandissantes (vague de grèves à l'automne 1977). 
Le comité d’organisation du Mundial, pris en main par les militaires, développe aussitôt une intense propagande à destination de l’opinion internationale et argentine. Pour arriver à ses fins, le régime passe un contrat de plus d'un1million de dollars avec la Burston-Marsteller, une agence de publicité américaine. (3) Le budget mis en place pour la compétition est astronomique. Contre un versement de 8 millions de dollars, Coca Cola devient le sponsor officiel de l'événement. Assurément, la coupe du monde argentine marque une nouvelle étape dans la professionnalisation et la  marchandisation du ballon rond.

* Boycotter...
Au même moment en Europe (Suède, Pays-Bas, RFA, Espagne), différents groupes s'organisent afin de contrecarrer la stratégie des militaires en se plaçant à leur tour sur le terrain de la politisation du football.  
En France, par exemple, des militants en faveur des droits de l'homme en Argentine se rassemblent dès 1975 (avant même le putsch) au sein du Comité de Soutiens aux Luttes du Peuple Argentin pour réclamer le boycott du Mundial. Le 19 octobre 1977, Marek Halter lance un appel dans ce sens dans Le Monde. C'est au nom de sa cousine Anna-Maria Isola, exécutée par la junte, qu'il prend la plume: "En 1936, nos parents n’ont pu empêcher les sportifs de se rendre aux Jeux Olympiques de Berlin et de faire le salut nazi devant un Hitler ébahi. Deux ans après, ils assistaient impuissants à la nuit de Cristal. Lançons ensemble un appel à tous les sportifs et leurs supporters qui doivent se rendre en Argentine. « Refusez de cautionner par votre présence le régime aussi longtemps qu’il n’aura pas libéré les prisonniers politiques et arrêté les massacres »" clame l'écrivain. Le 17 décembre 1977, un Comité pour le boycott de l’organisation par l’Argentine de la Coupe du Monde de football (COBA) voit le jour.
Pour faire entendre sa voix, le COBA  utilise différents moyens d'actions tels que la diffusion et distribution de tracts lors des matchs de football, l'organisation de conférences de presse, de réunions publiques, de manifestations, la création de comités (lycéens, étudiants) en province, la réalisation d'un journal.
Le 23 mai 1978, à la veille du départ des Bleus pour l'Argentine, des partisans du boycott vont jusqu’à tenter de kidnapper Michel Hidalgo, le sélectionneur des Bleus. Le Comité se désolidarise aussitôt de cette action. Si l'épisode relève de la mascarade, il permet en tout cas de médiatiser la cause. 


Affiche éditée par le COBA.
Le Comité compte dans ses rangs des membres de la revue de critique du sport Quel corps?, animée entre autre par Jean-Marie Brohm. Son slogan: "on ne joue pas au football à côté des centres de torture". Pour ses membres, le sport est considéré comme le nouvel opium du peuple, tandis que le spectacle sportif réduit le champ de la conscience sociale et abrutit les masses.
On y trouve également des enseignants d'éducation physique proches du courant "Ecole émancipée" de la Fédération de l’Éducation Nationale ou du SGEN-CFDT, hostiles à la "sportivation de l'éducation physique scolaire". [cf: Jean-Gabriel Contamin, Olivier Le Noé]


De proche en proche l'idée du boycott séduit de plus en plus de monde: intellectuels et artistes (Sartre, Aragon, J.F. Revel, Jean-Marie Domenach, Simone Signoret), réfugiés politiques latino-américains, membres d'organisations humanitaires, syndicalistes, militants d'extrême-gauche. Le succès du mouvement est incontestable. Au total, l'appel au boycott rassemble près de 150 000 signatures dont celles d'Aragon, Roland Barthes, Bertrand Tavernier, Jean Lacouture, Marguerite Duras ou Yves Montand... Les n°3 et 4 de L'Epique, journal du COBA, se vendent à plus de 120 000 exemplaires! Le 31 mai 1978, 8000 personnes manifestent en faveur du boycott à Paris. 

* ... ou participer?
Les arguments de leurs adversaires, tenants de la participation de l'équipe de France de football à la compétition, puisent à différents registres. Certains dénoncent la politisation des valeurs sportives induite par le boycott. S'abritant derrière l'apolitisme du sport, la fédération française de football, les joueurs, quelques journalistes sportifs et la plupart des supporters refusent de se voir priver de compétition (la dernière participation française à la phase finale remonte à 1966) et se rendent en Argentine sans barguigner. Au nom de ce même argument, le RPR, le FN et le Parti républicain prônent une participation sans condition du onze tricolore. 

D'autres, soucieux de dénoncer les violences du régime argentin, rejettent le mode d'action retenu, préférant d'autres types d'intervention politique. Le PS et le PC militent pour une participation "sous condition" (libération des prisonniers politiques argentins), estimant préférable de se rendre à Buenos Aires pour témoigner des exactions commises par la dictature et pour "manifester sa solidarité avec le peuple argentin". (4) Dans un même registre, les organisations syndicales entendent plutôt se servir de la compétition comme d'une caisse de résonance pour dénoncer les exactions de la junte militaire.
Au bout du compte et dans leur ensemble, les partis politiques optent donc pour le maintien de l'évènement. 
 D'autres éléments, moins avouables expliquent sans doute ce choix. A quelques mois des élections législatives, il s'agit aussi d'éviter de se mettre à dos les Français qui souhaitent voir les "bleus" participer (majoritaires selon plusieurs sondages).
Des considérations économiques - sonnantes et trébuchantes - expliquent aussi la position des autorités françaises. Le refus de participer au mondial impliquait en effet une dénonciation du régime et donc la renonciation aux accords économiques passés (prêts bancaires, vente d'armes...).

* "la folie du ballon a pratiquement tout submergé."
Au bout du compte, l’absence de relais dans le monde politique et sportif expliquent l'échec du boycott. Partout dans le monde, les campagnes de boycott échouent et toutes les équipes qualifiées pour le Mundial se rendent finalement en Argentine. Dans L’équipe, Christian Montaignac conclut, lapidaire: "Le football [...] par un phénomène sociologique exceptionnel, est parvenu à unir. [...] Il n’est guère que les intellectuels, dont le rayonnement et l’influence, ici, sont réduits, pour avoir réussi à se diviser."
 Chez les footballeurs, seules quelques personnalités isolées s’interrogèrent sur l’attitude à adopter. (5) Ce fut le cas de Dominique Rocheteau qui tenta en vain de convaincre ses coéquipiers d'arborer un brassard noir pendant les rencontres. Finalement, sous la pression de l'événement et de la logique sportive, les quelques joueurs "concernés" abandonnèrent leurs velléités d'actions. La compétition approchant rendit de plus en plus inaudible toute voix dissonante. "Dès le 1er juin, la folie du ballon a pratiquement tout submergé" note le COBA après coup. [Libération, 5 juillet 1978]  

Victoire de l'Argentine en finale. (wikimedia)
En Argentine, la fièvre nationaliste emporte la population. Partout, le drapeau céleste et blanc flotte, triomphant.
Une extraordinaire ferveur gagne le public lorsque l'équipe nationale entre sur le terrain. Les supporters envoient sur la pelouse des milliers de petits papiers (papelitos).  
Les soirs de matchs, la population argentine unanime célèbre les victoires de la sélection au cours de fêtes grandioses. Cette ambiance a pourtant tout du trompe l’œil... Si les gens sont heureux c'est avant tout car il s'agit des seules soirées au cours desquelles le régime lâche la bride, où l'on peut s'amuser, danser, sortir dans la rue sans être surveillé comme à l'accoutumée.
L'omniprésence policière, le régime d'accréditation de la FIFA font peser une lourde pression sur les épaules des journalistes étrangers qui se sentent surveillés. De même les joueurs qui affrontent l'équipe d'Argentine subissent une énorme pression du public. Au cours d'un entretien accordé à France culture en 2014, Dominique Rocheteau se souvient: "J'ai le sentiment que tout a été fait pour que l'Argentine gagne. Il fallait que l'Argentine gagne, ça c'est sûr!"
Le déroulement de la compétition est émaillé de plusieurs "dysfonctionnements. Alors que les places pour les demi-finales se jouent lors d'un mini championnat, le pays hôte semble mal engagé. Il doit remporter son dernier match par au moins quatre buts d'écart pour se qualifier. Or, l'Argentine l'emporte opportunément 6-1 contre le Pérou. Ce score digne d'un match de tennis laisse deviner des tractations financières en sous-main. Lima aurait accepter de "perdre" en échange de 35 000 tonnes de céréales, d'une annulation de la dette, d'une livraison d'armes et de l'accueil de 13 opposants politiques. En finale, les Blancs et Ciel battent les Pays-Bas, privés de leur superstar Johan Cruyff. La rencontre se déroule dans une ambiance délétère devant un public très hostile et chauffé à blanc. Après prolongations et grâce à un arbitrage complaisant, l'Argentine l'emporte 3 à 1.
 
* Un échec relatif:
A l'issue de la compétition, le COBA constate, amer:" Qu'est-ce que les joueurs et les dirigeants de la délégation française ont pu obtenir en Argentine? Une liste de prisonniers ou disparus, déjà connue, est fournie par l'ambassadeur de France à Buenos-Aires. Rien [...]. Qu'ont vu les visiteurs étrangers, de quoi ont-ils pu témoigner, sur quoi l'information du Mundial a-t-elle porté? [...] L'information s'est concentrée sur la perfection technique de l'organisation et le confort de l'accueil".  
En effet, le régime militaire peut célébrer son triomphe. Videla exulte et fait jouer à fond la fibre nationaliste afin d’occulter les violences: "Ce qui est important au premier chef pour nous, (...) c'est d'avoir pu accueillir un si grand nombre de gens du monde entier, venus visiter notre pays et assister au triomphe du football. Mais, ce que l'Argentine aura gagné par dessus tout, c'est d'avoir pu montrer à la face du monde que nous sommes un pays organisé, uni, qui a un destin sûr (...)."
Le Mundial s'est déroulé sans incidents.
Pourtant à y regarder de plus près, la compétition sportive ne paraît avoir offert qu'un moment de distraction éphémère aux Argentins, sans renforcer véritablement le régime.  
De même si sur la scène internationale le pays semble avoir gagné en respectabilité, l’appel du COBA n'a pas été vain. (6) Les critiques formulées à l'encontre de la dictature ont été relayées par les médias en France et à l'étranger, mettant en lumière la répression épouvantable des opposants au régime.

[Wikimedia Commons]
Finalement quels souvenirs garder de cette coupe du monde de football 1978? Son hymne? Au pays du tango, on pouvait l'espérer... d'autant que le compositeur finalement retenu était Ennio Morriconne. A défaut d'être Argentin, il avait au moins du talent. Or, contre toute attente - sauf à suspecter des motivations avant tout alimentaires - le musicien proposa une "marche officielle" tout à fait indigne de son talent, achevant de rendre ce Mundial nul et non avenu. Décidément tout avait été fait pour étouffer les cris des opposants politiques dont les tortures se poursuivirent pendant la compétition, à 800 mètres seulement du stade de River Plate, au sein de l'école mécanique de la Marine! Sur les 5000 suppliciés qui y seraient passés, seuls 200 auraient survécu. Pieds et poings liés, les prisonniers y attendaient les séances de tortures dans un vaste dortoir appelé la Capucha (la "cagoule"). Parfois les suppliciés étaient extraits de leurs geôles pour être jetés dans l'estuaire du rio de la Plata depuis des hélicoptères (les sinistres "vols de la mort"). C'était aussi ça l'Argentine de 1978!

Notes: 
1. Dans les mois qui précèdent le Mundial, on apprend par exemple la disparition de membres du mouvement des "mères de la place de Mai" et de deux religieuses françaises des missions étrangères (Alice Domon et Renée Duquet). 
2. Pour échapper aux tortures et aux enlèvements, des milliers d’exilés chiliens se réfugient en Europe aux lendemains du 11 septembre 1973. Deux ans plus tard, l’Assemblée générale de l’ONU reconnaît d'ailleurs l’existence d’une torture institutionnalisée dans le Chili de Pinochet.
3. Il s'agit dès de faire taire tous les opposants exilés tout en incitant les journalistes étrangers venus en amont du Mundial  à ne s’intéresser qu’aux événements sportifs.
4. Les communistes redoutent également le boycott des jeux olympiques que Moscou doit accueillir en 1980. Aussi préfèrent-ils mettre en sourdine leurs critiques.
5. Les footballeurs suédois décidèrent de rencontrer collectivement les "folles de la place de mai", ces mères d'enfants disparus qui se rassemblaient chaque jeudi en guise de protestation. 
Les Néerlandais refusèrent quant à eux d'aller chercher la médaille du finaliste et de participer au banquet de clôture.
6. Le mot d'ordre du boycott sera reconduit à l'approche des Jeux Olympiques de Moscou en 1980, certains se proposant même d'organiser des "Jeux de la répression et de la dissidence" sur le plateau du Larzac.

Sources:
- Olivier Compagnon: "Un boycott avorté: le Mundial argentin de 1978", in "68, une histoire collective", La découverte, 2008.
- "A l'ombre des stades argentins. La coupe du monde du dictateur Videla". (Affaires sensibles avec l'historien Paul Dietschy).
- Jean-Gabriel Contamin, Olivier Le Noé: "La coupe est pleine Videla, le Mundial 1978 entre politisation et dépolitisation", Le Mouvement social 2010/1 (n° 230), p27-46.
- Xavier Breuil: "Les mouvements de boycott du mondial 1978"

Liens:
- En 1982, quatre ans seulement après le Mundial, la guerre des Malouines entraîne la chute de la junte militaire. Nous en avons parlé ici.

mercredi 15 novembre 2017

334. Charles Aznavour: "L'émigrant" (1954)

La question des prisonniers de guerre se pose avec une acuité dramatique au sortir de la grande guerre. Ce sont près de 600 000 prisonniers qui doivent être rapatriés à l'issue des combats. L'effondrement des empires et l'extension du modèle de l’État-nation précipitent également  sur les chemins de l'exil des milliers d'individus en quête d'un refuge. De 1919 à 1923, alors que les conférences internationales tentent de remettre un semblant d'ordre en Europe, on assiste à des échanges forcés de populations, avec l'interdiction pour les individus concernés de rester/rentrer dans leur pays d'origine. Les pratiques de déchéances forcées et automatiques de la nationalité - pour des motifs  d'appartenance à des partis, des classes sociales, des religions - transforment des milliers de femmes et d'hommes en apatrides, privés d’État et de nationalité.

Enfants grecs et arméniens, réfugiés d'Asie Mineure, près d'Athènes en 1923. [Wikimedia Commons]
La situation chaotique des ex-empires russe et ottoman constitue un contexte propice à la multiplication de ces migrations forcées.
- Dès les lendemains de la révolution d'octobre 1917, des milliers de Russes tentent d'échapper aux persécutions. Déchus de leur nationalité, ils se voient interdire de retour. Leurs biens sont spoliés. La victoire des bolcheviques sur les armées blanches dans le cadre de la guerre civile en Russie en 1920, provoque de nouvelles évacuations. Des centaines de milliers de civils russes fuient alors par bateau depuis la Crimée à travers la mer Noire, vers le Sud et Constantinople. Plus de 140 000 personnes s'y entassent dans des camps de fortune.
Au total, un million de réfugiés russes environ arrivent dans les pays limitrophes du nouvel empire soviétique. D'autres - environ 70 000 - optent pour la France. (1)
- 1923 marque la fin de la guerre en Orient. (2) L'incendie des quartiers grecs et arméniens de Smyrne par les Kémalistes provoque un mouvement de panique et précipite sur les chemins de l'exil des milliers d'individus (environ 850 000 Grecs fuient alors la Turquie). L’État grec est incapable de gérer correctement cet afflux considérable de réfugiés. 
 En outre, le nouveau régime qui se met en place en Turquie à partir de 1921-1922 est un régime nationaliste qui n'entend pas faire de place aux minorités et aux anciennes nationalités de l'empire. Par conséquent, le gouvernement kémaliste expulse les Grecs orthodoxes qui vivaient dans le Pont-Euxin ou en Asie Mineure depuis des temps immémoriaux.  En janvier 1923, une convention "d'échange forcé"est trouvée entre les gouvernements grec et turc; prélude au traité de Lausanne qui met un terme à la guerre en Orient. Cette convention " admet (...) le principe de l'échange forcé des populations grecque et turque et organise le déplacement de milliers d'individus censés rejoindre leur "patrie": Turquie pour les musulmans des Balkans (3), Grèce pour les populations grecques-orthodoxes de l'Empire ottoman." Pour rentrer dans la logique des États-nations, ce sont bien là des assignations identitaires qui sont plaquées sur des individus contraints d'abandonner leurs villages, leurs maisons, les tombes de leurs aïeux.
- En même temps qu'il entérine la victoire du kémalisme en Tuquie, le traité de Lausanne marque la fin de la reconnaissance du génocide des Arméniens et le début d'un négationnisme d’État.  Le traité enterre également les espoirs arméniens de voir se constituer un État autonome à l'est de l'Asie Mineure comme cela avait été promis par le traité de Sèvres, en août 1920. En interdisant tout retour aux rescapés arméniens, la Turquie kémaliste parachève la spoliation de leurs terres, de leurs biens, de leurs avoirs bancaires. Dans le même temps, ils subissent des procédures de dénationalisations, conduisant à l'extrême le principe d'homogénéité nationale ou idéologique. 
Les Arméniens qui arrivent en France au début des années 1920 sont donc les rescapés du génocide des Arméniens ottomans perpétré par le gouvernement Jeune Turc en 1915-1916.


Timbre bleu pour les Russes [Wikimedia commons]


Dans le même temps, la guerre consacre une nouvelle forme de contrôle de l'Etat sur les individus par la généralisation du système des passeports et des visas. Il est décidément bien loin le temps où l'on pouvait circuler librement d'un pays à l'autre. Dans "Le Monde d'hier", Stefan Zweig note ainsi: "Avant 1914, la terre avait appartenu à tous les hommes. Chacun allait où il voulait et y demeurait aussi longtemps qu'il lui plaisait, il n'y avait point de permissions, point d'autorisations, et je m'amuse toujours de l'étonnement des jeunes gens, quand je leur raconte qu'avant 1914 j'avais voyagé dans l'Inde et en Amérique sans passeport, sans même en avoir jamais vu un. [...] Ces mêmes frontières qui , avec leurs douaniers, leur police, leurs postes de gendarmerie, sont transformées en systèmes d'obstacles, ne représentaient rien que des lignes symboliques qu'on traversait avec autant d'insouciance que le méridien de Greenwich."
Le statut d'apatride apparaît alors. Est apatride celui ou celle qui ne bénéficie pas de la protection de son État. Cette situation est concomitante de l'émergence des États-nations modernes et de la disparition des empires russe, ottoman, austro-hongrois dans lesquels n'existaient que des sujets. Après leur prise de pouvoir, les Soviétiques proclament ainsi la déchéance de nationalité et de citoyenneté des Russes hors du pays, des Russes qui ne reconnaissent pas l'Union soviétique. Ces Russes sont donc sans protection étatique. (4)  
La pratique de la déchéance de nationalité sera reprise ensuite ailleurs, de l'Italie fasciste à la Turquie kémaliste, faisant de l'apatridie un problème international. En excluant de la nationalité, on prive les populations de leurs droits politiques et civiques, car comme l'écrivait Anna Harendt: "la nationalité, c'est le droit d'avoir des droits." Sans papiers, des milliers d'individus se retrouvent incapables d'attester leur identité, de se déplacer, de trouver un travail, d'ester en justice, de se marier, d'acheter un bien...
La question des papiers devient donc une des préoccupations internationales majeures au lendemain de la grande guerre. Compte tenu de l'urgence humanitaire engendrée par l'afflux massif de réfugiés, les organisations de bienfaisance russes et le Comité international de la Croix-Rouge, saisissent la Société Des Nations (SDN). Le 27 juin 1921, le Conseil de la SDN crée le Haut-Commissariat pour les réfugiés russes et nomme Nansen à sa tête. (5) Le Haut commissariat ne bénéficie que de très peu de moyens, mais il a une mission très importante qui consiste à organiser une concertation inter-étatique pour réfléchir à une position commune sur le sort des réfugiés et créer un statut pour ceux qui ne bénéficient d'aucune protection étatique. Avec le soutien des juristes russes en exil, Nansen élabore un passeport d'abord destiné aux Russes, puis étendu aux populations du Proche-Orient, en particulier les Arméniens. Le "passeport Nansen" se présente comme un document collectif, permettant à celui qui a perdu sa nationalité d'avoir un papier attestant de son statut de réfugié. Le passeport peut se déplier comme un accordéon et permet de suivre le trajet des réfugiés puisqu'on y colle les visas en fonction des parcours suivis.
Pour les pays d'accueil, l'afflux de réfugiés pose la question de la concurrence sur le marché du travail. Aussi pour compléter l'effort collectif de prise en charge des réfugiés, le Bureau International du Travail (BIT) - d'abord présidé par le socialiste Albert Thomas - se propose de devenir une sorte de chambre de compensation entre les espaces qui sont saturés de réfugiés et les pays demandeurs de main d’œuvre. Le BIT se charge par exemple de "placer" professionnellement environ 50 000 réfugiés russes.
Dans un premier temps, ces réfugiés sont plutôt les bienvenus en France. Compte tenu des pertes démographiques considérables de la guerre, "on attend de la main-d’œuvre étrangère qu'elle supplée les bras manquants , tout particulièrement dans les secteurs ingrats de l'industrie lourde que les Français tendent à délaisser au profit d'emplois plus qualifiés."[Kunth p 598] Des milliers de Russes trouvent par exemple à s'employer dans les usines Renault de Boulogne-Billancourt, au point qu'un quartier de la ville sera appelé Billankoursk
 A partir de 1924, l’État confie l'embauche étrangère à un organisme patronal - la Société générale d'immigration - en coopération avec le Bureau international du travail.
A l'échelle locale cependant, l'arrivée des réfugiés provoquent parfois des crispations. (6)

Après ces considérations d'ordre général, intéressons-nous à une famille confrontée à l'exil forcé: les Aznavourian. 
Un exemple de passeport Nansen [Wikimedia commons]


 

 * Un parcours individuel: les Aznavourian.
Le couple Aznavourian débarque à Marseille en octobre 1923. Knar Baghdassarian a grandi dans la ville ottomane d'Izmit. Mamigon - surnommé "Misha" - est lui originaire d'une bourgade située sur les marges caucasienne de l'empire russe, dans l'actuelle Géorgie. Au sein d'une troupe, ce dernier chante l'opérette. Lors d'une tournée à Constantinople, il rencontre Knar qui y termine ses études. Ils s'y marient.
Alors sous contrôle interallié, Constantinople abrite des milliers de réfugiés: des Arméniens, originaires de l'est de l'empire et rescapés du génocide, des sujets russes ayant fuit l'avancée des soldats de l'Armée rouge... Suspendus aux négociations de paix, ils attendent dans l'espoir de regagner leurs pénates une fois une résolution politique trouvée. En vain. Les victoires des forces kémalistes contraignent les minorités chrétiennes à partir. Dotés de documents d'identité très hétéroclites, ce sont alors des dizaines de milliers d'Arméniens et de Russes qui sont contraints à l'exil.
Parmi eux, les époux Aznavourian ont été durement éprouvés par les violences cataclysmique engendrées par la grande guerre. La famille de Knar (à l'exception de sa mère) vient de périr au cours du génocide, quant à Misha, il ne peut rentrer chez lui après la Révolution de 1917. En janvier 1923, Mamigon se trouve en Grèce, à Salonique, où sa troupe se produit. Knar y donne naissance à Aïda. En catastrophe, il faut partir.  En tant que "réfugiés russes" (Misha était un ancien sujet du tsar), les trois Aznavourian et la grand-mère de Knar débarquent de l'Andros à Marseille à l'automne 1923.  Mamigon s'est vu délivrer par le ministère de l'Intérieur grec un titre de voyage spécifique par le ministère de l'Intérieur grec (le certificat Nansen). Le législateur pare alors au plus pressé puisque le droit international n'a pas encore défini le statut juridique de "réfugié apatride" (seulement en octobre 1923 à l'issue de la première convention de Genève).

En remontant la vallée du Rhône, les réfugiés arméniens s'installent dans les grandes villes industrielles de l'hexagone (Marseille, Lyon...), Paris s'impose toutefois comme la destination privilégiée des nouveaux arrivants. Le couple Aznavourian y trouve un local rue de la Huchette et ouvre un restaurant: le "Caucase". En 1924, le second enfant naît, il s'appelle Charles. Avec sa sœur Aïda, les deux enfants de la balle courent les radio-crochets. Roland Avellis, chanteur masqué dans l'entre-deux-guerres, se souvient des débuts ingrats du petit Charles: "Je présidais de nombreux crochets radiophoniques, auxquels participait régulièrement un petit bonhomme avec une énorme valise  qu'il portait avec difficulté. Dans sa valise, il y avait son habit avec un chapeau claque, qu'il revêtait pour interpréter 'Pétronille, elle dansait la java'. Il me faisait tellement rire que je m'arrangeais pour lui faire gagner très souvent  le premier prix, soit 50 francs. Ce petit bonhomme, qui est maintenant immense pour le talent, c'était Charles Aznavour."
En 1940, ce dernier ne s'imagine certainement pas encore en haut de l'affiche. Missak Manouchian (7), qui a trouvé refuge chez ses parents, croit pourtant déjà très fort en lui. Il affirme ainsi dans une lettre adressée à Knar: "Charles sera l'honneur du peuple arménien et une gloire pour la France!"Bien vu.
En 1954, Aznavour interprète l’Émigrant dont il écrit les paroles aux résonances contemporaines troublantes. Il reviendra sur le thème de l'émigration dans deux autres chansons: "les aventuriers" (1963) et "les émigrants" (1986). 

Dans la cohue de l'existence / Se trouve toujours un passant / Qui n'a pas eu de ligne de chance / Et qui devint un émigrant



Au cours des années 1930, l'horizon s'obscurcit pour les réfugiés avec la crise économique internationale et la montée du fascisme, puis du nazisme. Cette décennie est celle de la crise de l'asile. La préoccupation du passeport devient de plus en plus lourde
Les autorités gouvernementales ne mesurent pas les dangers à venir et ne conçoivent pas l'afflux de réfugiés comme un véritable problème. Jusqu'à l'Anschluss et la nuit de cristal en 1938, il n'existe pas de mobilisation aussi forte que celle qui a pu exister au début des années 1920. Émerge alors la figure de l'homme impuissant face à l'omnipotence étatique (cf: "dialogue d'exilés" de Bertolt Brecht en 1940). L'individu n'est plus jugé que sur la foi d'un document et perd son humanité. 
A cet égard, le cas d'Anna Harendt est tout à fait révélateur. La philosophe explique dans un texte fameux qu'elle a été chassée d'Allemagne en 1933 parce qu'elle était juive, mais taxée de "boche" par les Français à peine la frontière passée. En 1939, elle est internée au camp de Gurs en tant qu'Allemande et donc d'ennemie potentielle, puis en tant que Juive par le régime de Vichy à partir de 1940.

Le raidissement xénophobe conduit la plupart des pays à travers le monde à fermer leurs frontières. L'antisémitisme virulent contraint les Juifs du Reich et d'Europe centrale à émigrer. La situation engendre la "crise des réfugiés". En juillet 1938, la conférence d'Evian, réunie à l'initiative du président américain Roosevelt, se solde par un échec. Aucun pays n'accepte d'ouvrir davantage ses frontière. De nombreux Juifs du Reich candidat à l'émigration se trouvent bloqués.
En avril 1939, alors qu'il est l'invité d'honneur du IXème congrès de la LICA, Léon Blum revient sur le drame en train de se nouer. L'ancien président du conseil réclame que les "réfugiés du racisme" soient assimilés à des réfugiés politiques et puissent à ce titre bénéficier du droit d'asile. "Je ne verrai rien au monde de si douloureux et de si déshonorant que de voir des Juifs français s'appliquer aujourd'hui à fermer les portes de la France aux réfugiés juifs des autres pays. Qu'ils ne s'imaginent pas qu'ils préserveraient ainsi leur tranquillité. Il n'y a  pas d'exemple dans l'histoire qu'on ait acquis la sécurité par la lâcheté, et cela ni pour les peuples, ni pour les groupements humains, ni pour les hommes."
"Vous êtes chez vous, la nuit, à la campagne. A quelques kilomètres de là éclate un cataclysme naturel, une catastrophe naturelle quelle qu'elle soit, incendie ou inondation, des hommes sont là, des femmes sont là, des enfants qui fuient à travers champs, demi-nus, tremblant déjà de froid, menacés par la faim. Votre maison est peut-être déjà pleine, c'est possible, mais quand on frappe à votre porte, vous l'ouvrez et vous ne leur demandez pour cela ni leur pièce d'état-civil ni leur casier judiciaire (...). Il n'y a là qu'humanité élémentaire, je dirais presque si les mots n'avaient pas l'air de jurer ensemble, d'humanité animale. Naturellement ils ne pourront pas rester toujours là, naturellement il faudra trouver des solutions ayant un caractère de stabilité et de durée. Mais enfin, pour l'instant, trouver un gîte plus sûr et plus durable, comment allez-vous leur refuser?"
Ici, le réfugié n'est pas celui qui doit justifier d'une cause politique, de son exil; qu'importe les raisons pour lesquelles il a fui, il est là aujourd'hui. En tant qu'humain j'ai une responsabilité personnelle,  je dois l'accueillir.

Charles Aznavour: "L'émigrant" (1954)
Toutes les gares se ressemblent
Et tous les ports crèvent d'ennui
Toutes les routes se rassemblent
Pour mener vers l'infini
Dans la cohue de l'existence
Se trouve toujours un passant
Qui n'a pas eu de ligne de chance
Et qui devint un émigrant

Regarde-le comme il promène
Son cœur au-delà des saisons
Il traverse des murs de haine
Des gouffres d'incompréhension
A chaque nouvelle frontière
Espérant enfin se fixer
Il fait une courte prière
Vers ce ciel qui l'a oublié

Regarde-le, il déambule
Sans jamais savoir ou il va
Il marche comme un somnambule
Et les gens le montrent du doigt
Le monde entier file la haine
Le ciel là-haut n'y comprend rien
Les heureux forment une chaîne
En se tenant par la main
Pas moyen d'enter dans la danse
Le calendrier a son clan
Si tu n'a pas de ligne de chance
Tu resteras un émigrant

Regarde-le comme il promène
Son cœur au-delà des saisons
Il traverse des murs de haine
Des gouffres d'incompréhension
A chaque nouvelle frontière
Espérant enfin se fixer
Il fait une courte prière
Vers ce ciel qui l'a oublié

Regarde-le, il déambule
Sans jamais savoir ou il va
Il marche comme un somnambule
Et les gens le montrent du doigt
Mais pour écouter sa misère
Le ciel un jour le fait tomber
Les bras en croix face contre terre
Pour embrasser la liberté.

Notes:
1. Même si de nombreux réfugiés ne sont ni nobles ni riches, cette émigration russe se résume souvent dans les mémoires aux aristocrates déchus ou aux riches élites culturelles (Nicolas de Staël, Stravinski ou Rachmaninov trouvent asile à Paris). Ces élites russes jouent un rôle considérable dans l'assistance à leurs réfugiés par le biais des moyens dont ils disposent.
2. En 1919, profitant de la faiblesse des autorités ottomanes, les Grecs tentèrent de "recréer" une hypothétique  "Grande Grèce" en installant des populations en Asie Mineure. Dès 1922, l'entreprise vire au fiasco
3. Les musulmans des Balkans "dits Turcs" se retrouvent expulsés de leurs terres.
4. Aujourd'hui, il y aurait dans le monde environ 12 millions d'individus concernés par l'apatridie. 
5. Le Norvégien Nansen fut un des pionniers de la recherche en milieu glaciaire comme de l'océanographie. Au lendemain de la première guerre mondiale, il s'enthousiasme pour la diplomatie wilsonienne. Tenant de la sécurité collective, il devient un fervent partisan de la Société des Nations. Il devient d'ailleurs le délégué norvégien de l'organisation en 1920.
Fin connaisseur de la Russie où il avait voyagé avant guerre, représentant d'un pays neutre, Nansen devient haut-commissaire de la SDN pour le rapatriement des prisonniers de guerre russes. En 1922, cette action de coordination lui vaut le prix Nobel de la paix et la somme de 122 000 couronnes qu'il décide de consacrer aux réfugiés. Désormais et jusqu'à sa mort en 1930, ce dernier s'emploie à coordonner l'action humanitaire, à rechercher des fonds et des pays d'accueil pour permettre la réinstallation des réfugiés.
6. Le 21 octobre 1923, dans une lettre adressée au préfet des Bouches-du-Rhône, le maire de Marseille Siméon Flaissières, pourtant socialiste et médecin des pauvres, écrit:" Depuis quelque temps se produit vers la France, par Marseille, un redoutable courant d’immigration des peuples d’Orient, notamment des Arméniens. Ces malheureux assurent qu’ils ont tout à redouter des Turcs. Au bénéfice de cette affirmation, hommes, femmes, enfants, au nombre de plus de 3 000, se sont déjà abattus sur les quais de notre grand port. Après l’Albano et le Caucase, d’autres navires vont suivre et l’on annonce que 40 000 de ces hôtes sont en route vers nous, ce qui revient à dire que la variole, le typhus et la peste se dirigent vers nous, s’ils n’y sont pas déjà en germes pullulants depuis l’arrivée des premiers de ces immigrants, dénués de tout, réfractaires aux mœurs occidentales, rebelles à toute mesure d’hygiène, immobilisés dans leur indolence résignée, passive, ancestrale. Des mesures exceptionnelles s'imposent et elles ne dépendant pas des pouvoirs locaux. La population de Marseille réclame du gouvernement qu’il interdise vigoureusement l’entrée des ports français à ces immigrés et qu’il rapatrie sans délai ces lamentables troupeaux humains, gros danger public pour le pays tout entier."
Ce témoignage est très caractéristique d'une représentation où la xénophobie le dispute aux préoccupations hygiénistes. Les peuples y sont associés à des tempéraments (ici "l'indolence orientale"). Là où certains ne voient que dangers d'autres accueillent avec humanité les réfugiés, en qui ils retrouvent une part d'eux-mêmes.
7. Manouchian naît en 1906 à Adiyaman, dans l'empire ottoman. Sa famille est décimée par le génocide. Recueilli dans un orphelinat français en Syrie, il débarque à Marseille en 1925 avant de s'installer en région parisienne.

Sources:
- Dzovinar Kévonian: "Un passeport pour les apatrides", in Les Collections de l'Histoire n°73, octobre 2016.
- Anouche Kunth: "1923, à la croisée des exils", in "Histoire mondiale de la France" (dir.) Patrick Boucheron, pp 596-600, Seuil, janvier 2017. 
- Dzovinar Kévonian:"Exilés, déplacés et migrants forcés: les réfugiés de la guerre-monde", pp 2253-2294, in "1937-1947. La guerre-monde, II" (dir. Alya Aglan et Robert Frank, Folio histoire, Gallimard, 2015.
- Concordance des temps sur France Culture avec Dzovinar Kévonian: "1919-1939: réfugiés et apatrides", 12 novembre 2016.
- Deux chansons de migrants par Aznavour et Areski. [Entre les oreilles]. 
- Schnocks n° consacré à Charles Aznavour.
- LSD "Cent ans après la révolution russe, hériter de 1917. (3/4) De l'exode à l'exil, parcours d'émigration",  série documentaire avec Catherine Gousseff.
- "Les réfugiés devraient être l'incarnation même des droits de l'homme", tribune de Dzovinar Kévonian dans Le Monde.  
- L'excellente revue Schnock dont le n°23 était consacré à Charles Aznavour.

Pour aller plus loin:
- R. Wan: "le papier d'Arménie".
- "Le vaisseau des morts" a été écrit par un mystérieux B. Traven. Il s'agit en fait d'Otto Feige ou Traven Torsman ou Fred Maruth, un Allemand qui, refusant l'assignation identitaire qu'on lui impose, adopte une multiples identités. Ce socialiste allemand, homme de théâtre s'installe au Mexique une grande partie de sa vie et y prend la défense des indiens du Chiapas.
En 1926, il fait paraître "le vaisseau des morts", dans lequel il s'intéresse aux individus privés de passeports dans l'Europe des années 1920, pour n'avoir pas choisi à temps - lorsque chacun était sommé de le faire - "sa" nation au moment des conférences internationales du lendemain de la guerre.
Ces apatrides se retrouvent comme soutiers sur ces bateaux, vaisseaux fantômes sur lesquels on travaille pour une bouchée de pain. Bateau que le capitaine saborde un jour pour toucher l'argent de l'assurance. 
"Tu ne peux pas te figurer la circulation qu'il y a chaque nuit sur toutes les frontières du monde. Ils me l'ont bien fait à moi et à toutes ces bandes de vagabonds que j'ai croisé un peu partout. Qu'y faire, on ne peut tout de même pas les tuer? Ils n'ont commis aucun crime. Leur seule faute est de n'avoir pas de passeport, de n'être pas nés, de n'avoir pas opté."